lundi 11 octobre 2021

Présentation de Bloody Big Battles !

 Pour sortir un peu de nos marottes napoléoniennes du bicentenaire, le Marius en a profité pour découvrir le temps d’une partie de BBB, la bataille Frœschwiller 1870 et ses charmes du second Empire. Avant de détailler les faits d’armes de notre reconstitution en 2 versus 2, voici donc une présentation des règles utilisées, les bien nommées « Bloody Big Battles ! » de Chris Pringle.

 


Contexte et objectifs de "BBB" comme disent ses adeptes :

Après quelques années de sommeil post guerres napoléoniennes, plusieurs ruptures technologiques majeures (fusils, artillerie, arrivée des mitrailleuses, développement du train…) vont bouleverser à partir du milieu du XIXème siècle la manière de faire la guerre. Terminé la « sainte trinité du chifoumi napoléonien » (pierre/ciseaux/feuille) emblématique des guerres sous le 1er Empire.  

Dans le paysage ludique c’est le champ libre pour les grandes manœuvres de gigantesques armées en mouvement et des distances de tirs accrues. L’inconvénient, c’est qu’il faut encore plus d’espace et encore plus de figurines, sauf à changer l’approche de la modélisation des batailles.

Et c’est justement sur ce créneau que BBB (Bloody Big Battles !) vient apporter sa pierre à l’édifice, à savoir :

Pouvoir rejouer en un temps raisonnable (disons, quelques de heures à une journée de jeu) les plus grandes batailles de cette époque à l’échelle de l’armée avec pour ambition de donner une vue d’ensemble "Big picture" du champ de bataille en se concentrant sur les décisions stratégiques à prendre. Ici, ce n’est plus de la micro gestion tactique des unités mais bien le mouvement et le regroupement des troupes au bon endroit au bon moment qui compte le tout avec une feuille de référence, qui tient sur 2 pages, et regroupe quasiment toutes les informations essentielles pour pouvoir jouer sans retour régulier aux règles.

 Voyons ensemble, roulement de tambours, si cet ambitieux objectif affiché est atteint !

 

De la présentation de l’objet :

L’ensemble se compose d’un simplet livret (format A4) à couverture souple en couleur composé de 55 pages intérieures en noir et blanc le tout rédigé en anglais.

Les règles proprement dites tiennent en 25 pages avec quelques schémas explicatifs et exemples agrémenté d’illustrations d’époques. Les 29 pages restantes sont dédiées aux scenarios (ici tous consacrées à la guerre de 1870 entre la France et la Prusse). D’autres scénarios pour d’autres conflits (par exemple la guerre de sécession) existent et son facilement accessibles sur le web.

La règle, écrite par Chris Pringle et éditée en 2014, est donc assez éloignée des standards visuels que peuvent attendre les joueurs des années 2020. Nonobstant, l’ensemble clair, cohérent, va à l’essentiel et répond au besoin des joueurs sans bling bling et autres concepts à la mode du moment. Seul regret, l’absence d’un index détaillé même si la table des matières puis les paragraphes bien structurés, permet de rapidement retrouver un point de règles parmi ces 25 pages.

 

 Mécanismes de jeu :

 La représentation des troupes, échelle de jeu et de temps :

Une unité (brigade ou division) comporte plusieurs plaquettes de figurines (souvent entre 2 à 7) qui représentent chacune entre 1000 et 1500 hommes ou 24 à 36 pièces d’artillerie.

Les commandants dirigent des forces ((divisions ou corps d’armées) et permettent de donner un coup de pouce pour l’activation des troupes dans leur rayon de commandement.

Un pouce (le front d’une plaquette) représente entre 150 et 250 mètres de « terrain réel » pour un tour de jeu d’une heure ou ½ heur.

Pour les grandes batailles la table de jeu devra donc être conséquente mais toujours accessible pour la plupart des adeptes de ce format de jeu (240 cm x 120cm par exemple).

Les mouvements sont assez permissifs (échelle « stratégique » oblige) avec tout de même des nuances selon les 12 types de terrains représentés.

 

Déploiement en bataille des renforts prussiens

Le tour de jeu : Classique

Classique, on vous dit, donc du bon vieux « YOU GO/ I GO » de « bon aloi » comme dirait un célèbre rédacteur de la revue Vae Victis, avec tout de même quelques petites nuances pour le tir défensif qui rend l’ensemble un peu plus interactif (non, non, vous ne pourrez pas vous absenter pendant les mouvements de votre adversaire trop longtemps) :

  • Mouvements joueur A (avec esquive des cavaleries ou artilleries du joueur B)
  • Mouvements des commandants joueurs A
  • Feux défensifs du joueur B (possible à tout moment lors des mouvements du joueur A, donc même si une unité A sort de l’axe ou distance de tir, celle-ci subira tout de même un tir)
  • Feux offensifs du joueur A
  • Résolution des assauts du joueur A

 


L’activation, le cœur du système :

Ici l’ensemble se veut d’une prise en main facile, repose sur un système éprouvé mais épuré de la table d’activation (mais à base de 2D6) du vénérable Fire & Fury qui a fait ses preuves depuis près de 30 ans et qui fonctionne toujours aussi bien dans le cas présent.

Un tableau unique permet de savoir rapidement ce que l’unité peut réaliser ou non, selon si l’unité est en bon état ou en désordre (mouvement entier, ½ mouvement, immobilisé, recul…) le tout modifié par quelques bonus/malus pour la présence d’un commandant, du terrain traversé ou l’état de l’unité.

 


Le tuning des unités :

3 niveaux de qualité (élite, normal, mauvais) représentent les troupes. Malgré tout, différents attributs permettent d’affiner les unités et leur comportement. Par exemple Agressif, fragile, peu mobile, présence de tirailleurs etc.

Seconde moitié du XIXème sicle oblige, il existe 7 types d’armes à feu et 4 « d’artillerie » avec leurs distances de tir propres. Les adeptes du Krupp, ou des mitrailleuses apprécierons car la puissance de feu évolue selon la distance de tir et le type d’armement. Rassurez-vous, pour une bataille donnée, vos troupes serons souvent équipée du même arment et ces nuances ne vous perturberont plus après quelques tours de jeu. Petite subtilité, la cavalerie et l’artillerie peuvent se désengager si une unité ennemie approche.

Les formations sont simples,

  • en bataille (tous sur une même ligne)/artillerie déployée,
  • en masse (sur 2 rangs de plaquettes)
  • ou en colonne  marche/artillerie attelée.

Les unités perdent des socles (qu’elles peuvent lentement récupérer si elles ne bougent pas) et sont éliminées lorsqu’il ne leur en reste plus qu’une. Le désordre et l’épuisement impacteront également fortement le comportement des troupes.

Les commandants ne servent qu’a donner un rayon de commandement (pour un bonus d’activation au mouvement et à la récupération de désordre). Tous les généraux ne sont pas forcément représentés, plus une armée aura de bons généraux actifs, plus vous en aurez dans votre armée. Ainsi, certaines armées seront plus mobiles et réactives. Cela fonctionne plutôt bien pour ces armées à base d’états-majors plus professionnel et la manière de commander depuis l’arrière. Mais si vous voulez jouer 1er Empire (voir guerre de sécession) il faudrait trouver quelques palliatifs pour rendre aux généraux leur glorieuse place. Pour d’autres conflits ce n’est franchement pas nécessaire tant la plupart des joueurs connaissent mal les protagonistes (le Marius en tête).  

 

Les vagues prussiennes forment des bouchons sur le flanc gauche

Jouabilité :

Vous l’aurez compris, la jouabilité est assez exemplaire et surtout vous pourrez aussi bien y jouer en 1 versus 1 qu’en équipes de plusieurs joueurs pour un plaisir accru ! A ce titre, BBB se prête parfaitement au multi-joueurs (tour de jeu YOU GO/I GO fluide et rapide) et au jeu en campagne.

Avec quelques rares cas particuliers de règle (épuisement des munitions…), la seule « complexité » réside dans le feu défensif qui peut être appliqué sur des troupes du joueur actifs qui ont quitté la zone de tir ou se sont abrités à la fin de leur mouvement. Des joueurs débutant risques d’être perturbé sur ce point pas toujours évident à appréhender.

Second point, la résolution du combat au contact doit être bien lu pour la manière d’appliquer les bonus ou malus chez l’attaquant et le défenseur.

Passé ces 2 points l’ensemble est d’une grande fluidité surtout pour des joueurs expérimentés.

Petite contrainte pour les joueurs débutants, sachez que vous ne trouverez pas de listes d’armées et de système à points pour créer vos armées mais dans BBB tout est tourné vers les scénarios pour rejouer des batailles historiques avant tout. Exit le jeu en tournois ou partie de rencontre avec budget donc.

Les sanglants combats pour la prise de Wœrth !

 

Historicité :

A cette échelle, c’est plutôt au niveau des scénarios que « l’ambiance historique » se ressent. Et Avec 9 batailles majeurs, de Froschwiller à Le Mans en passant par Gravelotte et Sedan, il y a de quoi se faire plaisir avec des Ordres de Bataille détaillés, des conditions de victoires particulières bien détaillées (voir avec des conditions alternatives) et une carte, certes pas forcément des plus belles mais toujours précise avec toutes les informations requises pour jouer (terrain, placement et renfort des unité, orientation, échelle etc). Les batailles peuvent aussi s'enchainer dans un mini mode campagne avec, selon le vainqueur de la bataille précédente, des conditions de victoire légèrement différentes. 

Nous avons parlé de la guerre de 1870 mais n’oubliez pas que la règle se prête parfaitement à d’autres conflits, Guerre de 1866 entre la Prusse et l’Autriche et guerre de sécession en tête mais pas que ! En revanche, si les scénarios n’existent pas, il vous faudra faire un (passionnant) travail de recherche ou d’adaptation de scénarios provenant d’autres règles. Et c’est bien là le plaisir de rejouer des batailles historiques passées, pouvoir aller plus loin que le simple geste de pousser quelques figurines puis jeter des dés lors des combats ! Plus ce travail de préparation est bien fait, plus le sentiment d’historicité sera grand.

 



 

 

 

 

 Supports et suivi :

L’une des forces de BBB est indubitablement le support et suivi fait par l’auteur et la communauté. Certes la règle n’est pas produite par un grand éditeur du marché mais cela est largement compensé par les nombreux scénarios disponibles sur le web. Ceux-ci sont au même format (Présentation, carte, mise en page) que ceux de la règle ce qui en facilité la lecture à l’usage.

Il existe également des suppléments de scénarios « Bloody Big European Battles ! » et Bloody Big Balkan Battles campaign book (BBBB) pour vous changer les idées si vous êtes déjà venu à bout des 9 dans le livre de règles.  

Où trouver ces beaux scénarios ?

  • Commencez donc par le blog de Chris Pringle (l’auteur) :

https://bloodybigbattles.blogspot.com/

  •  puis le groupe IO (en anglais) dédié à la règle BBB pour vos questions :

https://groups.io/g/bloodybigbattles/

  •  Une fiche de référence en français est même disponible chez des joueurs français qui connaissent l’auteur :

https://2d6.fr/?p=4918

  • ou sur le groupe IO :

https://groups.io/g/bloodybigbattles/files/BBB%20Charts%20French%20version%202020-04-15.pdf

 

Exemple de la première page (sur 3) d'un scénario de la communauté.

 Le mot de la fin :

La première chose qui saute aux yeux après lecture de la règle et une bataille jouée (Froeschwiller 1870 à 4 joueurs en quelques heures pour 10 tours de jeu), c’est que les BBB répond exactement à ses objectifs affichés. Et c’est assez rare pour le souligner. Concrètement, vous allez bien pouvoir rejouer facilement des batailles avec largement plus de 100 000 hommes, le tout dans un temps de jeu raisonnable pour arriver à terminer la bataille et ainsi avoir un vainqueur indiscutable en une dizaine de tours de jeu, même avec des joueurs qui ne connaissaient pas la règle au préalable (dans ce cas un arbitre ou joueur qui maîtrise la règle est tout de même recommandé).

Coté stratégie et technique de jeu, avec BBB, vous allez focaliser votre attention sur un plan de bataille globale, sur la manière de déplacer vos troupes pour qu’elles arrivent dans les temps sur le point clé de la bataille et apporter le surnombre dans les combats tout en essayant de réduire au maximum le « traffic jam » (les embouteillages) qui fait le charme de ces batailles titanesques. Vous allez pouvoir joueur avec des joueurs novices ou non et tout le monde sera « dans la partie » rapidement si elle est bien pilotée.

Notez tout de même qu’avec des unités à cette échelle il vous faudra pouvoir les reconnaitre et que pour cela de petites étiquettes descriptives (labels chez nos amis anglo-saxons) à coller ou poser derrière les troupes seront nécessaires, ce qui oblige un petit travail de préparation et ne plaira pas à tout le monde (les joueurs de Fire & Fury seront dans leur élément, eux). Autre possibilité, des fiches (rooster) pour les unités peut alléger la présence de ces petites étiquettes sur la table de jeu pour un visuel encore plus sympa.

Pour le Marius, dont la guerre au XIXème siècle n’est pas la passion première, BBB apporte suffisamment de plaisir de jeu et « d’historicité » pour participer à de nouvelles parties endiablées. En ça, l’objectif pour le joueur que je suis, est atteint et nous attendons avec plaisir le prochain défi à relever avec BBB ! Clairement, la règle est bien rodée, efficace et permet au joueur de se concentrer sur l’exécution de son plan. Et pour ceux qui veulent apporter des modifications ou règles supplémentaires, le système est suffisamment solide et épuré pour accepter cet ajout de profondeur si c’est bien pensé (nous pensons ici par exemple à donner plus d’importance aux commandants comme dans « Altar of freedom », pour la guerre de sécession pendant laquelle la personnalité des généraux a eu un véritable impact).

 

De la partie :

A venir prochainement, notre bataille Frœschwiller- Wœrth le 6 août 1870.

Que va donner la fameuse charge de Reichshoffen des cuirassiers français ?

 

 

 

 

 

19 commentaires:

  1. Très intéressante présentation

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci MPF, une sympathique règle qui se joue facilement pour venir à bout des plus grosses batailles de l'époque même avec des joueurs novices. Le tout à partir d'un système éprouvé fire & Fury) mais épuré et allégé pour l'occasion.

      Supprimer
  2. J'aime beaucoup cette règle faut vraiment que je me remotive avec mes français et prussiens 1870

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nous la trouvons également bien agréable pour de gigantesques batailles avec un nombre limité de figs. Bonne remotivation ;-)

      Supprimer
  3. Merci beaucoup pour ton « article », toujours aussi génial et intéressant 🧐.
    Même si avec BENOÎT nous avons pris une historique raclée, j’ai passé en vôtre compagnie d’excellents moments au cours de cette partie. Cela me motive pour terminer la peinture de mes français à épaulettes.
    Vivement d’autres parties.
    Merci M. MARIUS.
    DAVID

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La partie s'est pourtant jouée sur le fil du rasoir au dernier tour ! Si maître Ben nous prépare la suite on pourra enchainer avec la seconde bataille Borny/Colombey 16 août 1870. :-D

      Supprimer
    2. Bonne idée, on pourrait y reflechir pour le dernier dimanche de novembre

      Supprimer
    3. Motivé évidement, mais pas dispo le dernier WE de novembre :-( Au pire je reviendrais dans la campagne pour le 3ème scénario :-D

      Supprimer
  4. Merci pour ce nouvel article très intéressant !
    😎

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'Empereur notera que BBB est une bonne alternative à "Polemos Franco Prussian War Rules" par exemple ;-)

      Supprimer
    2. Nous pourrions Nous y intéresser en effet !

      Supprimer
    3. Une alternative pour se changer les idées de Polemos ? Voir de jouer la même bataille avec les 2 règles pour comparer ?

      Supprimer
  5. Bonjour Marius,

    Merci beaucoup pour votre aimable évaluation de BBB! Je suis ravi que vous l'appréciez. Comme vous l'avez mentionné, de nombreux scénarios sont disponibles gratuitement auprès du groupe BBB sur groups.io. Pour les nouveaux joueurs, les scénarios que je recommande toujours comme "jeux d'entraînement" (petites batailles pour apprendre les règles) sont Montebello (1859) et Langensalza (1866). Pour la guerre franco-prussienne de 1870, il y a Coulmiers, et pour la guerre de sécession, First Bull Run.

    Cordialement
    Chris PRINGLE

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Thank you Chris, you're welcome ! Merci pour les recommandations de scénario d'initiation (jeux d'entrainement) qui aidera à n'en pas douter les débutants. De notre coté nous allons jouer tranquillement la suite des scénario 1870, et qui sait un jour, pourquoi pas une campagne multi-tables pour la guerre de sécession (ACW)par exemple. :-D

      Supprimer
  6. Un grand merci pour cette très intéressante synthèse et pour les photos.
    Ludiquement

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Syl, seul regret, ne pas pouvoir venir cette année à la convention de Vaires pour y présenter une table de BBB qui me semble rentre parfaitement dans votre cahier des charges.

      Supprimer
  7. Très intéressant ton article mon Xavouli. Bon, évidemment la règle n'est pas traduite en anglais hormis les aides de jeu ? Je dis ça parce que moi et la langue de Shakespeare... Cela donne envie pour utiliser mes figs 1866 !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Elle n'existe qu'en anglais mais n'est pas longue à lire (bien que les paragraphes soient denses). Après y avoir joué les aides sont quasiment suffisantes. C'est à mon avis une bonne alternative/complément à ta règle à hexagones sur ton projet 1866.

      Supprimer
  8. Effectivement, c'est extrêmement tentant mon p'tit suisse préféré.

    RépondreSupprimer