lundi 29 juin 2026

Rencontre impériale en 1812 [Valour & Fortitude]

 1812, campagne de Russie quelque part à l’avant-garde de la Grande Armée est en pleine poursuite du repli stratégique forcé entamé par l’armée du Tsar…

 

Russie, 1812, 2 empereurs, mais qui emportera le hameau ? 

 Restée depuis 2024 au fond de mes dossiers inexploités, cette belle partie en forme d’hommage, est la dernière que nous avons partagé avec Math’ & JM, deux de nos éminents joueurs Napo 28mm dont le premier déménagea dans la foulée pour s’exiler dans des contrées plus humides et le second qui, un an plus tard au printemps 2025, déménagea également mais, dans son cas, vers des contrées bien plus sèches et ensoleillées !

Math’ & JM, manquent, et manqueront au club F&S, non seulement pour leurs belles figurines 28mm Napo (et autres périodes), mais aussi et surtout par leur présence, leur disponibilité, leur enthousiasme tout en retenue, leur amabilité et disponibilité sans faille qui est l’apanage de véritables et rares gentlemen comme l’on peut parfois avoir l’honneur et la chance d’en croiser autour d’une table de jeu. Trêve de flagornerie, passons aux choses sérieuses !

 

C’est donc dans ce contexte des plus simples que nous avons joué au printemps 2024 une bataille fictive de rencontre entre, une armée française sous le commandement de Napoléon (Math’) secondé par le Maréchal Murat (Le Suisse) et une armée russe d’arrière-garde galvanisée par la présence du Tsar en personne (JM) épaulé par PY son futur successeur à la tête des armées russes. Le but ? que chacun des 4 joueurs puisse aligner ses figurines Napo en 28mm le tout avec une règle suffisamment simple (en l’occurrence Valour & Fortitude v2 de mémoire), et que, pour ne pas perdre trop de temps, nous avions tous déjà pratiqué (voir par exemple la bataille du Brabant 1814).

Le plan de la Grande Armée

 Objectif, en ce début de la campagne 1812, l’arrière garde russe doit stopper (voir repousser) la poursuite trop agressive de l’avant-garde française emmenée par un Murat des grands jours. Pour ce faire, le Tsar décida de se porter à l’arrière garde afin de galvaniser ses troupes dont il est si fier.

Le lieu de la rencontre, en pleine étendue marécageuse, un obscur hameau au centre d'un vallon escarpé traversé en son centre par l'unique route (chemin de terre à peine carrossable) qui semble mener en direction de Moscou. A droite et à gauche du hameau, deux fermes viennent encrer une ligne défensive à la limite du vallon et permettre ainsi de bloquer et retenir une avant-garde ennemie trop agressive. Malheureusement pour les russes, Murat est déjà en vue du dit hameau que les deux armées veulent donc chacune le plus rapidement occuper…

Pour la bataille, les points de victoire sont les suivants :

Tenir le hameau central vaut 2 points de victoire

alors que tenir chaque ferme sur les ailes vaut 1 point de victoire par ferme.

Pour les plus ambitieux, la déroute de l’armée adverse reste une autre possibilité de victoire

Simple et efficace comme nous le disions.


L'état Major discute des derniers détails du plan d'attaque... Et Napoléon indique l'objectif !

Côté français, après une observation consciencieuse du terrain, le conseil de guerre sous la houlette de Napoléon en arriva rapidement au plan suivant :

 La clé de la réussite étant la capture et l’occupation des habitations, il était clair que prendre les 3 objectifs tenait de l’arrogance mal placée face à des russes accompagnés de leur légendaire artillerie. Du côté droit du village un terrain très difficile en particulier pour la cavalerie permettrait d’y positionner des troupes légères destinées à harasser et provoquer les russes. Puis, un espace ouvert conséquent et dégagé jusqu’à la ferme du flanc droit permettrait des manœuvres aisées de la cavalerie avec une colline légèrement en retrait et bienvenue pour y masquer si nécessaire une brigade de cavalerie et ainsi réduire le poids du feu de l’artillerie russe. 

 

Sur le flanc gauche, le terrain était lui moins dégagé et plus réduit entre le hameau et la seconde ferme. Idéal pour des français qui en étaient plus proches. 

 

Décision fut prise de capturer promptement le hameau central, d’en protéger le flanc droit avec des tirailleurs pendant que le flanc gauche, mené par une infanterie légère à son extrème pointe allait capturer la ferme tout en engageant par le feu les russes regroupés sur tout ce flanc plus ramassé.

Cette glorieuse tâche incomba naturellement à Napoléon qui s’octroya les troupes les plus à même de réaliser cette mission, le tout avec en seconde ligne le bataillon de Neuchâtel pour sécuriser le hameau après sa capture.

 

Murat en grande tenue avec son escorte de cuirassiers !

 

Sur le flanc droit, Murat eu la subtile tâche d’impressionner et ralentir les plus nombreuses infanteries russes en les contrariant si possible dans leur tentative de capture du hameau central mais également de la ferme de droite dont les hommes du Tsar semblaient être plus proches. Une brigade d’infanterie avec des troupes légères lui fût judicieusement affectée par l'Empereur pour capturer et tenir le terrain difficile proche du hameau. 

En réserve, au centre, une brigade de cuirassiers qui devait servir dans un second temps, soit à soutenir et exploiter le mouvement offensif tournant effectué sur le flanc gauche par Napoléon, soit à colmater et ralentir toute progression trop rapide et agressive des russes sur le flanc droit occupé par la cavalerie légère française et ainsi gagner le temps nécessaire à Napoléon de remporter la bataille d’infanterie à gauche et au centre. 

 

La cavalerie légère française sur le flanc droit masquée par la colline

 Et maintenant, place à la bataille !

L’arrivée des troupes et leur déploiement étiré en vue de bloquer toute manœuvre de débordement. Les tirailleurs des deux armées, engagés avant la bataille au centre pour la prise du hameau, se retirent lentement sous la pression des cavaleries respectives et des troupes à pied en formation serrée qui avancent inexorablement vers leur objectif.

 

déploiement étiré avec aile droite française uniquement composée de cavalerie.

 

Aile gauche, les légers français flanques l'armée et s’apprêtent à combattre dans leur terrain de prédilection

 

Aille droite russe légèrement étirée et en sous nombre cherche à sécuriser son flanc avec la prise de la colline

 

Le Tsar, encourage une dernière fois ses hommes depuis la ligne de front 

 

Les grenadiers russes du centre avancent en vue de capturer le hameau de toutes les convoitises !

 

La masse de l'aile gauche russe... qui interprète mal les ordres et reste sur place...

...Sauf la cavalerie légère et les dragons qui partent provoquer Murat et ses chasseurs !

Assaut français sur le hameau...

... sous la protection de l'artillerie et des tirailleurs de Murat qui sécurisent le cimetière du hameau...  

... face à la cavalerie lourde russe gênée par le terrain difficile 

Déploiement de l'artillerie russe sur la colline à droite, l'infanterie au chaud en contre pente... on peut être russe mais prévoyant.

Les français sécurisent la ferme et bloquent la montée des colonnes russes 

Les combats s’étendent sur toute l'aile gauche, avec des cosaques qui repoussent les tirailleurs mais ne peuvent que se replier sous le feu des lignes françaises.

Feux contres feux, à ce petit jeu là, les français plus nombreux et leurs tirailleurs finissent par prendre le dessus

une première charge en colonne des français fait fuir un bataillon russe 

... puis un second bataillon harcelé de toute part... même la batterie de la colline vie ses derniers moments, la messe est dite à gauche, la ferme est définitivement aux mains des français (1 point de victoire)

Au centre, le combat des titans pour la capture du hameau s'engage

... ce qui permet aux grenadiers russes, sous le regard ému du Tsar, de prendre le hameau par la force !

Les assauts français se fond repousser à deux reprises !

... mais le poids du nombre fait jouer sa force, l'usure des russes devient critique

L'empereur engage sa réserve, les suisses de sa garde, les canaris de Berthier !

... et le hameau tombe enfin aux mains des français !

Au centre les russes doivent reculer, même la cavalerie lourde est obligée de se relocaliser pour protéger le flanc droit d'une déroute annoncée... 


On ne lâche rien ! 2 points de victoire pour la Grande Armée 

avec la possession du hameau central en fin de bataille 



Dans la plaine sur l'aile droite française

Les russes à la manœuvre

Deux bataillons pour la prise de la ferme sur le flanc droit des russes.


Avance agressive de la cavalerie russe venue contester la grande plaine aux français

Napoléon doit réagir, il décide de faire entrer sa réserve de cavalerie lourde à l'aile droite pour contester la plaine et ralentir toute progression russe. L'aide de camp se met de suite en route !

 

Pas de perte de temps, la réserve est déjà presque entièrement disponible à l'emploi, Murat trépigne.




Le combat de cavalerie s'annonce imminent, les chasseurs français couvrent le déploiement de la cavalerie formée pour une charge par vaques successives sur les russes.

La charge de plusieurs régiments français fait son effet !

Les hussard russes doivent intervenir pour laisser du temps au bataillons d'infanterie de se former en carrés

Le 5ème hussard est à la pointe de la charge !

Les cosaques fuient mais les hussards russes ne sont pas mis en déroute, ils ont par leur bravoure donnés le temps nécessaire aux fantassins de se former en carrés !


Place aux cuirassiers dont le succès est limité à la suite d'un subterfuge de la cavalerie russe. Mais la ferme n'est toujours pas occupée par les russes dont l'armée est maintenant mal en point. 

La victoire sera française (3 points de victoire à 0) les russes se retirent en bon ordre et se dirigent vers Borodino pour un match retour qui sera titanesque dans tous les sens du terme.

L'Empereur Napoléon-Mathieu après sa belle victoire regarde déjà ses cartes pour de futures conquêtes... 

... alors que PY reste chez Figurine & Stratégie, le club du KB, et prend la relève du Tsar JM à la tête des armées russes sur les tables 28mm Napo. Ainsi va la vie des clubs de jeux d'histoire, des nouvelles recrues arrivent et peu a peu s'installent comme des membres actifs et finissent par à devenir des vielles moustaches de F&S ! 

Que le jeu et l'histoire soit avec vous pour de nombreuses batailles à venir, merci à vous pour tous ces moments partagés


mardi 11 mars 2025

GDA2 : Bataille de Liebertwolkswitz, 16 Octobre 1813

 Bataille de Liebertwolkswitz 16 Octobre 1813

Un village trop loin… ou la chronique d’une défaite annoncée !

16 Octobre 1813, sur le front Sud de la bataille de Leipzig (aussi dite des Nations), les alliés, sous les ordres du général autrichien Klenau, partent à l’assaut du village de Liebertwolkswitz solidement tenu par le Vème corps d’armée français de Lauriston. Contrairement au combat massif de cavalerie du 14 octobre (avis aux amateurs de grandes charges de cavalerie), la bataille du 16 permet un scénario d’initiation parfait le tout dans un cadre historique passionnant. L’objectif est simple, prendre le village de Liebertwolkswitz pour les austro-russes, le tenir à tout prix pour les français.
C’est dans ce contexte que nous avons proposé au club une partie de découverte de Général d’Armée 2 (GDA2) le tout en 15mm (au lieu du 28mm habituel) avec 4 joueurs dont les 2 néophytes en charge de l’armée française. Et ça tombe bien car, dans le supplément « 1813, the Battles fort Germany » pour GDA premier du nom, l’auteur nous propose justement une adaptation de cette confrontation avec, cerise sur le gâteau, quelques options de possibles renforts.

Déploiement initial, Libertwokswitz 16 octobre 1813

GDA2, malgré une courbe d’apprentissage plus longue qu'une règle type Valour & Fortitude, permet tout de même à des joueurs débutants mais motivés de se lancer rapidement dans la bataille, surtout s’ils sont « cornaqués » par un joueur expérimenté ou mieux, un arbitre ou sorte de Maitre de Jeu.
Le scénario « Liebertwolkswitz 1813 » permet en particulier de mettre en lumière les phases d'assauts napoléoniens sur des villages ou autres constructions défendues par des troupes ennemies. Car avec GDA2, la préparation de l’assaut, la gestion des secondes lignes et l’engagement des réserves au moment opportun sont essentiels à la réussite de toute entreprise d’assaut qui se doit d'être sérieusement planifiée. Certes, une « chance » insolente pourra vous aider par moments mais in fine, en attaque, ce sera bien la qualité de votre plan qui dictera en premier lieu votre réussite… ou votre échec.
Par un magnifique concours de circonstance, cette partie jouée il y a déjà plusieurs mois est devenue un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire lors d’une reconstitution de bataille Napoléonienne. D’où son titre et notre volonté de finalement la partager avec vous malgré une qualité des photos simplement correcte et des décors minimalistes sur la table de jeu.


Et pour que ce soit plus enrichissant, nous vous proposons de vous faire votre propre idée, ou mieux, de réaliser votre propre plan de bataille avec les éléments nécessaires ci-dessous :

Les OB utilisés, avec pour nous quelques unités « proxy », les joueurs n’ayant pas encore suffisamment de variété dans leurs troupes, en particulier pour le joueur autrichien qui commence tout juste à peindre son armée en 15mm (d’où par exemple la présence de grenadiers russes, début de période, pour représenter les Grenzers autrichiens).


GDA2 : OB Français Liebertfolkswitz 1813

GDA2 : OB Austro-russe Liebertfolkswitz 1813

La pré bataille : La carte vierge, puis quelques principes pour préparer un plan de bataille.

GDA2 : Carte Libertvolkswitz 16 oct 1813
 Pour monter un véritable plan, plutôt que de décider de foncer tout droit sur les défenses ennemies, il est de bon ton d’évaluer la situation avec les possibilités à notre disposition pour atteindre la victoire. Revoyons donc ensemble quelques grands principes trop souvent négligés, ce qui permet alors à certains joueurs en fin de bataille de se lamenter sur l’injustice des dés à leur encontre et ainsi se dédouaner de leurs propres erreurs.

1/ L’étude des forces et faiblesses des armées en présence :

  • 1.1/ Analyse des troupes adverses avec leurs qualités (bon commandement, unités d’élites, puissance de feu, mobilité…), leurs faiblesses (absence de cavalerie lourde, nombreuses unités de milice…), et leurs effectifs connus (nombre d’unités, renforts plus ou moins importants etc.).
  • 1.2/ Analyse de ses propres types de troupes sur le même principe avec leurs forces, leurs faiblesses et leurs effectifs connus.
  • 1.3/ A partir de ces 2 études, il devient possible de définir ses forces et faiblesses afin de pouvoir surexploiter au mieux ses propres forces au dépend des faibles de l’adversaire tout en limitant ses propres faiblesses pour priver l'ennemi de toute exploitation excessive de celles-ci. 


2/ L’étude de l’environnement du champ de bataille et des conditions du scénario (pensez à vous éloigner un peu pour avoir une vision globale dans un premier temps) :

  • 2.1/ A partir de tous les types de terrains existants, repérer les obstacles qui bloquent ou ralentissent les déplacements (cours d’eaux, marais, zones boisées, terrains escarpés etc), qui bloquent les lignes de vue ou de tir (collines, forêts; habitations etc.), qui permettent de se protéger  (habitations, redoutes, forêts etc.)
  • 2.2/ l’espace global du champ de bataille, avec : les conditions particulières (temps pluvieux qui réduit la visibilité, la vitesse de déplacement, ou la puissance de feu), les distances à parcourir selon le type de troupes et si elles doivent être protégées du feu ennemi lors de leurs manœuvres ou si elles doivent pouvoir atteindre et capturer  le plus rapidement possible  leurs objectifs,
  • 2.3/ Les objectifs (conditions de victoire) et la durée du temps imparti (nombre de tours de jeu) pour gagner le scénario (prendre une redoute, faire dérouter l’armée ennemie, escorter un convoi d’un point A à un point B, reconnaitre les troupes adverses…)

 
3/ A partir des éléments étudiés précédemment, il est alors possible d’échafauder un plan suffisamment efficace et résilaint. 

Mais au lieu d’un prévoir un seul qui serait « optimisé » et évidement le meilleur car c’est le vôtre, il est plutôt conseillé de faire un pas de côté et de prendre de nouveau un peu de recul pour multiplier les plans car l'ennemi va probablement arriver à conclusion similaire et tout faire pour contrarier votre plan idéal !
Si vous avez le temps, pourquoi ne pas vous mettre dans la peau de votre adversaire et surtout de prévoir plusieurs options de plans. Car votre adversaire risque aussi de faire un minimum d’analyse de la situation pour monter son propre plan. L’élaboration d’un plan, c’est le propre du travail d’un bon état-major (voir HKB von Moltke, dit l’ainé), et rappelons le, un fondamental des simulations, à l’origine même du jeu d’histoire militaire (voir Reisswitz père & fils avec la naissance du Kriegsspiel).
 Pour un adepte du jeu en solitaire, l’exercice est presque une seconde nature, pour les autres, vous pouvez imaginer ce que vous feriez si vous étiez dans la peau de l’adversaire lors de votre bataille à venir, à savoir :

  • Un plan nominal simpliste, sans grande mobilité et très (trop ?) prudent ou prévisible (le plan de la majorité des adversaires en cas de véritable absence de plan)
  • Un plan intermédiaire combiné, avec un équilibre entre vitesse d’exécution et prise de risque calculée (des bons joueurs qu’il sera plus difficile de battre si vous les laissez développer leur tempo et leur plan).
  • un plan très audacieux avec prise de risque élevée qui surprend et bouscule l'ennemi (donc dangereux, mais aux gains potentiellement énormes propre à certains compétiteurs disruptifs ou aux joueurs agressifs de nature... mais qui peut aussi vous faire perdre de manière désastreuse).

Pour cela, la connaissance de votre adversaire est un facteur important pour adapter au mieux votre approche et le déboussolé, le faire douter ou le frustrer car alors il sera plus enclin à faire des fautes.


Un bon plan est un plan simple… :

Avec toutes ces analyses, et un peu d’expérience, vous pourrez alors, même rapidement, mettre sur pied un plan à dérouler… jusqu’aux aux premières interactions avec l’ennemi lors de la bataille ! Car tout plan, même le meilleur, dès qu’il est exposé à la « friction » (relire Clausewitz mais le texte intégral de préférence) risque de ne plus se dérouler comme prévu ! Donc, faites simple (3 phases par exemple), résiliant (qui supporte des actions ennemies non prévues) et vous devriez rencontrer la victoire plus souvent que la défaite. Cela vous permettra également de ne pas rejeter systématiquement la faute de votre échec sur la « chance » insolente de votre adversaire ou de vous larmoyer sur votre « malchance » chronique bien connue et qui vous empêche d'être le nouveau génie militaire que vous vous imaginez être dans vos rêves les plus fous. 

Et justement, sans y paraitre, GDA2 récompense plutôt ceux qui construisent un plan, utilisent au mieux et au moment opportun les différents types d'ordres pour atteindre leur objectif, en particulier en attaque. Les tactiques de l’époque napoléoniennes, sont celles qui vous apporterons les meilleurs résultats, alors souvenez-vous, à défaut d’avoir un ratio de minimum 3 vs 1, tout assaut doit être préparé dans un premier temps par l’affaiblissement de la cible, la présence si possible des 3 armes (infanterie, artillerie, cavalerie) et une bonne réserve pour soutenir l’assaut en cas de résistance insolente ou pour monter une poursuite de l’ennemie en pleine déroute afin de parachever la victoire.   


Et maintenant, place aux choses sérieuses avec ce drame qui va se dérouler sous vos yeux ébahies et vous montrer ce qu'il ne faut surtout pas faire (ou alors vous n'avez pas lu le chapitre précédent :

Plan des alliés... à ne pas reproduire évidement !

Côté français pour Lauriston en défense, le déploiement est relativement simple, une première ligne appuyée à gauche sur le bois (brigade Charpentier), à droite sur la colline (brigade Dermoncourt). Avec au centre du dispositif, le village de Libertvolkswitz à tenir coute que coute (Brigade Albert). Légèrement en retrait en le village et la colline, les troupes de second rang de la brigade Maison (général exceptionnel). Et enfin, en réserve hors table disponible à partir du tour 5, les unités de tirailleurs de la jeune garde.  A ce stade, un seul joueur français était présent, nous en avons profité pour lui expliquer en détail les règles tout en lui partageant des astuces ou en lui signalant les risques de certains de ses choix de déploiement lorsqu’il était clair que ceux-ci étaient induits par une méconnaissance des règles.

Artillerie à cheval française déployée sur colline

Centre et aile gauche française

Légers français en tirailleurs dans les bois (brigade Charpentier)

Brigade Albert en défense de Liebertwokswitz (flancs gardés et soutien arrière)

Coté alliés, le général Klenau (4 parties jouées) a lancé des reconnaissances pour découvrir certaines unités ennemies avant son déploiement (un mécanisme simple et sympa de GDA2). Les résultats sont mitigés, il ne découvre que la présence de la cavalerie française de Dermoncourt sur le flanc droit avec son artillerie à cheval sur la colline, ainsi que les troupes d’Albert en charge de la défense du village. Village soit dit en passant composé de 2 secteurs de déploiement (les bâtiments sur les photos pouvant chacun être défendus par un bataillon).


Klenau et le parc de munitions d'artillerie de réserve (sous les yeux du Gruik compte tour)

  Première erreur manifeste des alliés, ne pas avoir pris le temps de préparer un solide plan d’attaque en plusieurs phases pour atteindre leur objectif (la capture Libertvolkswitz et la déroute ou le repli des français).

Ceci dit, retournons maintenant voir nos fiers généraux alliés. Confiant en ses troupes, Klenau décide d’aligner toutes ses brigades le long du front pour avancer dans un parfait mouvement d’ensemble droit sur l’ennemi. 

Les 2 brigades russes (Mezentov et Helfrich) au centre gauche avec pour objectif principal, la prise du village. 

La cavalerie autrichienne de Volkmann sur le flanc gauche en couverture face à la cavalerie française.

Les brigades d'infanterie autrichienne sur la colline du flanc droit (brigade Hohenloe) avec les unités légères de Mohr (Grenzers et chasseurs) sur la droite pour contester et prendre le bois si besoin. 

En réserve hors table, les 2 petits régiments de cuirassiers russes de Duka, en renforts 2 autres régiments de cuirassiers. Mais pour nos fiers alliés, cela ne sera pas nécessaire car tout ceci n'est que l'affaire d'un apéro (schnaps pour les autrichiens, vodka pour les russes) !

Ici nous arrivons (déjà) à la seconde erreur manifeste des alliés, un déploiement étiré sur tout le front et la volonté d’attaquer en même temps, ou presque, l’ensemble des troupes françaises. Concrètement, sans surnombre de troupes ni de qualité des unités engagées et en cas d’échec, il n’y aura pas suffisamment de troupes en seconde ligne pour appuyer, voir exploiter, l’assaut... ou même d’empêcher toute contre attaque française.  Pire, en voulant manœuvrer ensemble toutes les troupes le mouvement est plus complexe et plus lent (dilution des ADC dans de nombreuses brigades pour « aider » les brigades à continuer leur progression régulière et donc ne pas avoir assez d'ADC pour des ordres plus appropriés).

 

Klenau a donc transmis à son subalterne russe Mezentov (joué par moi même, je dois le confesser), probablement déjà imbibé de vodka (pas le joueur mais le général Mezentov), la nécessité de prendre d’assaut le village de la manière qui lui semblerait la meilleure. En bon russe, le Generalmajor Mezentov de la 5ème division a donc fait avancer ses 2 brigades avec son infanterie en colonnes d’attaque sur deux rangs (contrairement aux autrichiens dont tous les bataillons étaient tous déployés sur la première ligne). Le manque de place ne permettant pas de déployer l’artillerie, Mezentov décida de porter sa batterie de 12£ sur la ligne de front et ainsi de mieux profiter de sa puissance de feu. Idée saugrenue pour un russe, probablement un souvenir douloureux de la bataille de Friendland en 1807 pendant laquelle la souplesse d’emploi et l’expérience supérieure des artilleurs français de Sénarmont firent des merveilles lors d’un déploiement sur le front et une avance agressive resté dans la légende… mais qui n’est pas donné à tout le monde !

Pour cela, comme à d’autres brigades, Klenau lui a envoyé un ADC avec l’ordre « d’attachement », (une relance en cas d’échec l’activation de la brigade) afin de ne pas perdre de temps plus que de raison mais qui ne permettra qu'une avance lente. La ligne de front des alliés progresse donc dans sa globalité à une vitesse de sénateur.
Mais dès le second tour, la dispersion des ADC sur toute l’armée se fait se sentir et la brigade autrichienne Mohr devient "hésitante" (impossible d’avancer vers l’ennemi, sauf pour l’écran des tirailleurs).

Premier contre temps, la brigade Hohenloe est hésitante

GDA2, avec son système d’ordres (différents types d’actions représentatives des combats napoléoniens), permet une « avance rapide » pour le coût de 2 ADC. Cet « ordre » qui semble anodin permet pourtant de surprendre, de fixer ou d'attaquer rapidement l’ennemi et ainsi ne pas lui laisser suffisamment de temps pour réagir ou infliger trop de pertes lors de l'approche (mais comme vous le savez maintenant, attaquer du fort au faible un point précis de la ligne française ne fut pas le choix des alliés).

Dès le tour 3, les écrans de tirailleurs des deux armées se rendent coup pour coup avec une forte intensité (envoie d’ADC avec ordre de « tirailleurs » pour soutenir l’écran et augmenter la puissance de feu).

Les pertes des combats de tirailleurs commencent à grimper

Avec moins de manœuvres de troupes à réaliser pendant la phase d’approche, le défenseur peut se concentrer sur les combats d’écrans de tirailleurs ou les bombardements d’artillerie (sauf avec un déploiement catastrophique). Il est donc naturellement avantagé surtout si la phase d’approche se prolonge sur plusieurs tours de jeu. GDA2 restitue bien l’importance de ces combats d’écrans de tirailleurs en avant des troupes en ordre serré. Une usure lente mais progressive de l’ennemi, une véritable plaie pour des unités qui avancent si la dispersion de ces troupes légères n’est pas rapidement réalisée.


Coté formation de la brigade chez nos alliés, deux styles, deux ambiances. Si les russes se sont déployés sur deux rang d’unités en colonne d’attaque pour soutenir et relayer leur assaut (ou éviter toute percée d’un contre-attaque française) l’autrichien a lui préféré la force brute de colonnes d’attaques toutes sur la ligne de front en comptant sur sa masse au risque de voir ses troupes en repli ou en fuite s’éloigner totalement de la ligne front (à GDA2, vous pouvez stopper un repli ou une fuite avec votre seconde ligne si elle est à distance de sécurité).

Lente avancée de toutes les brigades d'infanterie des austro-russes

Premier assaut des deux brigades russes sur le village tout en étant sous le feu de l’artillerie française.  
Sans aucune véritable préparation, fièrement, les russes ont stoïquement avancé vers leur objectif …

Assaut russe sur le village pour tester la résistance des français

Résultat, des pertes conséquentes sous le feu dont la mitraille d’artillerie…

Stoïques, les russes sur la ligne de front serrent les rangs

Recule russe finalement inévitable mais la seconde ligne viendra remplacer les bataillons de tête.

Roulement des troupes russes pendant l'assaut (mais l'artillerie ne peut se déployer !)

Nouvel assaut sur le village à droite et sur l’artillerie déployée à sa gauche. Le roulement des unités russes permet de de garder le rythme des vagues d’assauts mais au prix de nombreuses pertes qui commencent à se faire sentir. La brigade Albert tient et les russe de Mezentov soutenus par Helfrich s’épuisent en veines charges. A ce stade, Mezntov reste confiant, il sait qu'il lui faudra probablement plusieurs assaut avant de pouvoir déloger les français.

Second assaut russe sur Libertwolkswitz

Envoie de tirailleurs face à l’artillerie pour la réduire au silence et se désengager mais sans succès

Sang froid et tirs de précision, les français ne cèdent pas un pouce.

Déploiement tardif de l’artillerie russes sous la couverture des tirailleurs de la brigade, et on peut dire que ça prend de la place ces pièces de 12£ sur une ligne de front

Manœuvre complexe de déploiement de la batterie russes sous la couverture de ses tirailleurs

Des troupes russes en ordre serré doivent charger pour faire décrocher l’écran de tirailleurs au prix de quelques pertes. Mais la perte de temps et le détachement sur le flanc de ces troupes réduit les soutiens sur l’attaque principale au centre vers le village, à ça, ce n'est pas une bonne nouvelle à ce stade.

Assaut autrichien au fond et suite des assauts russes sur le village

A gauche, Commandée par Volksmann, la cavalerie des alliés ne s’est pas positionnée en avant pour faire fuir les 2 écrans de tirailleurs français laissant uniquement son artillerie continuer son bombardement à longue distance sur les troupes montées françaises de Dermoncourt. Entre temps les renforts français sont arrivés (une brigade de jeune garde) et les réservistes de Maison déployés en ligne sur le front.

Nouvel assaut russe sur Libertwolkswitz, le troisième de suite, accompagné de l’assaut des autrichiens de Hohenloe sur les français en ligne de Charpentier prêts à les recevoir sans trembler et comme il se doit avec un feu des plus ravageur.
 

Vous la voyez venir la débâcle autrichienne avec toutes ses pertes lors de l'approche ? 

 Trop de pertes, l’assaut autrichien n’aboutit pas et les 3 bataillons sont violemment repoussés loin du front sans pouvoir se réfugier derrière un second rideau. Heureusement, l’infanterie française sous statut de défense, qui plus est fortement occupées par les différents combats, ne peut dépasser la ligne centrale (limite de sa zone de défense qui passe par la colline, le village et le bois). La division est en ordre de défense et il faut un ordre (via ADC) pour passer la brigade en attaque afin de lui permettre d'avancer par delà la ligne médiane (à l’exception des tirailleurs ou de la cavalerie).

Les autrichiens assommés par la défenses française fuient avant le choc ! Seul reste le bataillon russe en assaut de village
 
La brigade autrichienne est maintenant en plein « flottement » et risque à tout moment de se disloquer

L’assaut de Hohenloe était insuffisamment préparé avec une trop grosse prise de risque (engager à fond ses 3 bataillons dans un tout pour le tout). C’est typiquement le cas où la charge de l’attaquant doit compter sur une réussite critique pour ne pas fuir et ensuite espérer, dans un second temps une nouvelle réussite critique tout en espérant un échec majeur du défenseur lors de la phase d’opposition des combats.    

La débâcle avec un grand trou sur le front, résultat de l'attaque autrichienne

Les renforts de la jeune garde sont maintenant déployés au niveau du second secteur du village de Liebertwolkswitz, rendant la tâche presque impossible pour les trois brigades alliées repoussées, exténuées et au bord de la rupture (« Falter »). Tout cela sans même avoir pris le premier secteur de Liebertwolkswitz. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé le général russe à relancer malgré tout immédiatement un second puis un troisième assaut… au risque de trop s’épuiser en cas d’échec.  

Les renforts de la jeune garde sur Libertwolkswits même pas nécessaires ?

Rassurés par les échecs des alliés épuisés, la présence des renforts de la brigade de jeune garde et l’arrivé des cuirassiers en réserve, les français en profitent pour augmenter la pression sur leurs adversaires en chargeant sabre au clair, avec le général Dermoncourt à tête de ses braves chasseurs à cheval la brigade de cavalerie autrichienne de Volksmann.

Coup d’œil et bon tempo du général Dermoncourt qui provoque le choc des brigades de cavalerie sur le flanc gauche

Pour les alliés ce combat très ouvert est critique, si la cavalerie autrichienne se fait battre, le flanc gauche des russes sera totalement découvert avec un risque de débordement. Qui plus est, aucun renfort ni même réserve des alliés ne s’est présentée sur le champ de bataille...

Avantage aux français avec le "Glory" du général judicieusement utilisé pour un résultat de repli autrichien

Le combat de cavalerie tourne finalement à l’avantage des français de Dermoncourt qui galvanise au moment opportun ses troupes (Glory) alors que les alliés n'avaient ni anticipé ni privilégié l'usage leur cavalerie sur ce flanc.

Les russes d’Helfrish sont de nouveau repoussés lors des combats de rue à Libertwolkswitz et viennent se réfugier derrière leur dernier bataillon encore valide... non loin de des restes des autrichiens épuisés.

Essoufflés, usés, les russes se font encore repousser une dernière fois le restant de leurs troupes les moins abimées

Même Mezentov se voit stoppé encore une fois par l’infanterie française en ligne épaulée par une batterie d’artillerie digne des exploits de Sénarmont à Friedland ! C’en est trop, ses derniers bataillons ne pousserons pas leur charge à fond et restent finalement  sur place, sans formation, seulement couverts par le dernier grappin de leurs tirailleurs.

3 brigades, les autrichiens de Hohenloe, les cavaliers de Volkmann et les russes de Helfrich sont maintenant incapables de reprendre an assaut (Falter), à peine peuvent-ils reculer et subir les foudres des français. La brigade Mezentov ne vaut guère mieux, stoppée et exposée au feu de mitraille ravageur à l’entrée du village. Quant à Mohr, enlisé dans ses combats de tirailleurs il ne lui restera plus qu’à couvrir la retraite si les 3 brigades épuisées ne déroutent pas définitivement avant !
A GDA2, les ADC du général en chef disponibles sont en premier lieu affectés aux brigades épuisées (Falter) pour essayer d’éviter un « sauve qui peut ». Avec 3, et bientôt 4 brigades sur 5 disponibles la messe est dite et la défaite cuisante. La cavalerie lourde trop tardivement appelée n’y pourra rien changer.

Victoire française complète, le village n'a même pas été capturé pendant un temps lors des différents assauts

This is the end :

Au final, cette défaite est révélatrice de toutes les petites erreurs faites par des alliés trop sûrs d’eux qui ont attaqué simultanément sur toute la ligne de front sans avoir de supériorité écrasante, qui n’ont pas monté un plan robuste et sérieux, qui n’ont pas pris le temps d’affaiblir les défenses françaises,
qui n’ont pas su faire intervenir leurs réserves au moment opportun.

  Comme on peut le constater à tête reposée, la « chance » n’est pas la cause de la défaite, elle ne vient qu’accentuer certains échecs. L’aléatoire dans nos jeux, si il est bien dosé, permet justement d’éviter une trop grande maitrise des unités par des joueurs omniscients qui voient tout et gèrent tout jusqu’au coup de feu du tirailleur embusqué. 

La « friction » de Clausewitz ou le SNAFU (Situation Normal : All Fucked Up) plus contemporain sont là pour nous rappeler l’importance de l’imprévu et des informations partielles à notre disposition qui viendront toujours contrarier le bon déroulement d'une bataille. C'est une différence fondamentale entre les le jeu d'échecs et le jeu de guerre.
En cela, GDA2 est une règle passionnante, malgré une présence d’aléatoire, elle a tendance à récompenser les joueurs qui :

  •  ont un plan, 
  • respectent certains grands principes des combats napoléoniens, 
  • exploitent au mieux les trois "armes" 
  • se souviennent qu’en situation normale, la défense et le feu sont supérieur à l'attaque frontale sans affaiblissement préalable du défenseur.

 Contrairement à ce que nous rencontrons trop souvent dans de nombreux jeux qui « avantagent » artificiellement l’attaque (pour accélérer les parties avec un climax ludique ?) ou  mettent l’emphase hollywoodienne sur le panache et la gloire futile d’une charge sabre au clair, GDA2, par certains de ses subtils mécanismes vous rappelle promptement à l’ordre. C’est justement toute la différence qui existe entre le commandement d'un Davout et celui d'un… Murat.